Une expérience personnelle de traduction [TAO et TA]

Une expérience personnelle de traduction [TAO et TA]

Je m'appelle Henrietta. Je suis traductrice spécialisée dans les textes juridiques et techniques, travaillant de français en anglais. Ma tendance naturelle est de travailler simplement avec des documents Word mais les offres d'emploi en traduction exigent de plus en plus l'utilisation d'outils de TAO, et systématiquement dans mon cas, SDL Trados Studio. Les outils TAO représentent une dépense importante et sont d'autant plus rebutants que leur utilisation signifie que le traducteur reçoit moins d'argent pour chaque projet qu'il n'en recevrait sans utiliser une mémoire de traduction. Ceci dit, j'ai investi dans Trados Studio 2017 quand une agence m'a proposé de contribuer à 50% du coût et a acheté pour ses traducteurs des packages en gros à un prix réduit. Si vous n'avez pas encore acheté le logiciel, il peut être intéressant de demander à une de vos agences si elle pourrait envisager cette solution. 

 

Selon vous, quels sont les avantages et les inconvénients concernant les outils TAO ?

 

Maintenant que j'ai l'expérience de l'utilisation d'un outil TAO, je le trouve tout à fait utile quand je traduis des documents longs avec des répétitions qui produisent des correspondances de segments, fréquents dans les textes juridiques et techniques. Je trouve toujours que si le début et la fin d'un segment sont logiques, alors les unités de traduction sont cohérentes

Quand j'ai commencé à utiliser Studio, je pensais que les correspondances n'existeraient qu'au niveau des segments. Un texte peut contenir un terme ou une suite de mots récurrents, mais une traduction ne serait pas générée avec eux, à moins qu'ils ne constituent un segment complet, et ne fassent pas simplement partie d'un segment. J'ai alors découvert mes fonctions préférées de Studio 2017 – la possibilité d'avoir une base de données terminologique en parallèle avec la traduction et d'utiliser la fonction d'Identification Automatique des Termes, qui reconnait les termes même quand ils font partie d'une longue suite de mots.  


 • Utiliser une base de données terminologique vous permet d'ajouter et de modifier des termes, des synonymes ou des suites de mots à mesure de votre travail. Ces fonctions sont parfaites pour éviter les répétitions, là où les variations élégantes sont nécessaires, ou au contraire pour assurer la répétition là où la cohérence et la pertinence sont primordiales. La base de données terminologique peut être basée sur un glossaire existant que vous convertissez en base de données, ou vous pouvez commencer de zéro. Vous pouvez également indiquer le champ auquel appartient le terme, afin de pouvoir, si le terme à plusieurs significations, sélectionner la bonne traduction pour le contexte particulier.

 • La seule limitation est que, une fois que la base de données terminologique a été créée, vous pouvez y ajouter des termes seulement en cours de traduction. Ce serait terriblement utile de pouvoir ajouter des termes indépendamment de la traduction et de bâtir une grosse base de données qui puisse être utilisée de façon répétée pour différents projets. J'aime pouvoir utiliser une seule base de données et la compléter à mesure que je traduis.


L'intérêt de la TAO est également apparent au stade de la révision : Étant donné que vous devez confirmer chaque segment, vous êtes assuré de ne rien oublier, et cela vous encourage à relire chaque segment à mesure que vous avancez. Cela permet également d'éviter les erreurs de ponctuation et d'orthographe car elles sont immédiatement soulignées en rouge. Ensuite, parce que l'exactitude du segment a été vérifiée, quand un segment source est répété, la traduction générée est cohérente et exacte. Vous pouvez également visualiser le fichier dans le format dans lequel il a été produit à l'origine et le réviser de la même manière que vous le feriez avec un document Word. Réviser le fichier cible dans son format original est essentiel. J'ai souvent fait des modifications à ce stade même si j'étais satisfaite des segments de texte cible dans le fichier bilingue. L'utilisateur final lira le texte dans son format original et le traducteur a besoin de le voir également de cette manière, autrement, il y a un risque que le ton et la fluidité soient compromis.  

Comme je l'ai dit, je préfère travailler avec des documents Word. Il n'y a pas besoin de configuration particulière, le formatage et la mise en page sont en place de façon évidente, vous pouvez remplacer le texte et garder ce que vous voulez conserver, tels que noms, adresses, chiffres et logos. Cependant, si vous travaillez depuis un document PDF, il y a une certaine marge d'erreur en transcrivant de telles informations et ici Studio peut être d'une grande aide. Les fichiers PDF peuvent être convertis et traduits dans Studio, qu'ils soient modifiables ou scannables. 

Traduction Automatique ou TA ?

 

Un autre outil dans la boîte du traducteur est la traduction automatique, disponible gratuitement pour tous. Tout en étant utile pour les traducteurs, la TA est conçue fondamentalement pour faire disparaître complètement le traducteur, car elle n'implique pas de façon intrinsèque sa participation. En 2016, Google a abandonné la TA et conçu la “Traduction Automatique Google Neural”, qu'il utilise dans son service Google Translate. Alors que la TA traduit des fragments de texte en utilisant des codes programmés et reconstruit des phrases, les résultats laissent souvent à désirer. Google Neural, cependant, développe des chemins neuronaux, un peu comme un cerveau humain, pour "apprendre" les traductions, à partir d'une énorme quantité de données, et fournit ses propres solutions sans que celles-ci aient été programmées. Il peut traduire des phrases entières à la fois et les résultats sont plus naturels. Il est même capable de traduire entre des paires de langues qu'il n'a jamais vues dans cette combinaison : en se basant sur son "apprentissage" de traductions de la Langue X → Anglais et de l'Anglais → Langue Y, il peut produire une traduction de X → Y. Pour le moment, il est disponible pour une gamme de langues de l'anglais et vers l’anglais, s'améliore continuellement et apprend constamment contexte, collocations, syntaxe et expressions, et peut sélectionner la traduction appropriée d'un terme polysémique : si vous demandez à Google “bâtiments tertiaires“, vous obtiendrez “commercial buildings”. L'ordre des mots est correct, et le choix de “commercial” dans un ensemble de significations possibles de “tertiaire” est approprié dans le contexte des bâtiments. 

 

Selon vous, la TA est-elle un outil fiable ?

 

Cependant, même si la traduction automatique est une aide, elle est actuellement peu fiable. Certaines expressions sont quelquefois bien traduites : “coup de foudre” est rendu par “love at first sight”, tandis que “coup de cœur” donne “heart stroke”, une expression qui, si elle était retenue comme traduction dans du matériel publicitaire, pourrait sérieusement entraver vos efforts marketing ! Internet déborde d'exemples de mauvaises traductions automatiques très drôles. La TA ne peut pas produire de traductions de haute qualité sans que des humains ne les corrigent et les améliorent. J'utilise la TA pour les termes simples ou de courtes suites de mots, mais je vais souvent vérifier le résultat en contexte. Pour des textes plus longs, je n'essaye même pas de l'utiliser, bien que des amis qui ne sont pas traducteurs l'apprécient pour le sens général des traductions qu'elle produit. L'utilisation de la TA a conduit à une augmentation de la demande pour des emplois de Post-Edition de Traduction Automatique (PETA), mais, dans la mesure du possible, j'évite de m'occuper de cela. Il est mieux de ne pas parler du salaire, étant donné que vous devez dans tous les cas faire une traduction brute et la qualité de la traduction implique quelquefois d'avoir à traduire de zéro quand la traduction est inintelligible. Je suis plus satisfaite en traduisant qu'en corrigeant un travail produit par quelqu'un ou quelque chose d'autre. Cependant, quelquefois nécessité fait loi et il est toujours bon d'ajouter une corde à son arc, particulièrement si l'industrie de la traduction va de plus en plus vers l'emploi de la TA et de la PETA. Quand j'ai pris un travail de Post-Edition de Traduction Automatique, c'était pour un client de confiance, et j'ai toujours demandé à voir d'abord le texte cible pour vérifier sa qualité ainsi que le texte source afin de m'assurer que je pouvais le traduire sans avoir besoin de passer trop de temps en recherches. 

 

Les outils TAO, contrairement à la traduction automatique, sont conçus pour assister les traducteurs, pas pour les supplanter, et ils ont un rôle merveilleux à jouer dans une industrie qui peut grandir grâce à l'utilisation d'une telle technologie et ainsi enrôler davantage de traducteurs, et non moins. J'espère que ce n'est pas un espoir chimérique !